La pratique de l’Uddiyana Bandha

Un éclairage apporté sur une des techniques essentielles du YOGA :

Uddiyana Bandha : la contraction, le verrouillage du ventre.

 

 

 
La circulation naturelle du flux énergétique a tendance à se placer à l’endroit le plus facile d’accès, occupant ainsi les espaces énergétiques laissés vaccants, c’est bien connu la nature a horreur du vide !
« ud » signifie en sanskrit quelque chose qui s’étire vers le haut, en anglais on emploie également le préfixe « up » pour décrire l’élévation.
Uddiyana bandha prend également comme symbole l’envol des grands oiseaux qui produisent une énergie suffisante pour leur permettre par cet effort dans la zone ventrale de décoller, en la contractant.
L’analogie avec nous est manifeste, car pour nous permettre de grandir en conscience et d’affirmer ce que nous sommes vraiment au plus profond de nous, il nous faut beaucoup de force et beaucoup d’énergie, qu’il sera nécessaire d’entretenir, de stimuler, de mobiliser pour nous fournir le carburant nécessaire.
C’est une technique qui agit à partir du ventre et qui stimule notre feu intérieur (les techniques qui agissent sur le ventre sont particulièrement propices à produire cette énergie qui réchauffe, le ventre est notre chaudière interne).
La technique consiste à concentrer toute l’énergie des centres d’énergie du bas (muladhara (base) / svadisthana  (pubis) pour la faire remonter dans la zone du ventre ( cela s’appelle Samana  aspiration et fusion dans le centre Manipura), c’est une des grandes pratiques et techniques du Yoga.
Il est important de faire cette pratique régulièrement, idéalement tous les jours, même pas longtemps, un dizaine de souffle cela ne prend que 5 à 7 minutes guère plus.
 

Pourquoi chercher à unir les choses ?

 La manifestation ordinaire du monde, consiste à partir d’un point d’unité originel à se fragmenter, se dégrader, se disperser, s’éparpiller ce fut le cas au moment de la création de l’Univers qui ne cesse de s’étendre depuis le Big Bang originel (fusion/expansion/rétraction), c’est aussi celui de notre sort en tant qu’individu depuis notre constitution.

Il existe à  ce propos dans la mythologie indienne une belle symbolique associée, celle de de l’union cosmique de Shiva/Shakti. Les indiens, se raccordent bien souvent aux qualités énergétiques des nombreuses divinités qu’ils possèdent, ceci et d’autant plus vrai dans l’approche tantrique, celles-ci n’étant toutefois pas vénérées comme dans les religions traditionnelles pour leur toute puissance personnifiée réelle ou supposée qu’elles incarnent  mais uniquement pour les qualités d’énergie qu’elles véhiculent.

 

Shiva dans sa représentation évoque notre conscience endormie (…non encore éveillée..), Shakti  quant à elle ,incarne cette énergie et cette puissance de vie indispensable pour animer et donner l’élan vital à cette conscience. Tous deux s’enlacent pour réaliser la vraie nature de la vie, qui a naturellement besoin des deux qualités pour s’accomplir, le terme d’union cosmique prend ici tout son sens, formant ainsi un couple inséparable.

Chercher à unir, à stimuler, à rassembler toute l’énergie et toute la puissance en un seul point, procure de la densité, délivre de la chaleur, de la puissance et de la tenue (stabilité mentale).

 

La technique visera donc à unir, à activer, à faire remonter, à aspirer, à faire tenir ensemble cette concentration du souffle dans le ventre.

Pour quelles raisons faire Uddiyana Bandha ?

 
C’est un des plus importants Mudra pour l’éveil de notre potentiel énergétique endormi ( représenté par la Kundalini lovée à la base de la colonne vertébrale ).

Kundalini

Ce geste permet de réveiller le Prana, cette réserve énergétique au moyen du souffle.
La technique visera à canaliser, à purifier et donner une direction à la remontée de l’énergie vitale. En effet, l’énergie sexuelle « ordinaire » à une tendance naturelle à s’étaler, à se répandre, à se disperser un peu comme l’eau le ferait sur le sol (le chakra du pubis est d’ailleurs relié à l’élément eau), lorsque cette énergie est transcendée, elle remonte, se redresse (élément feu), et se recentre en circulant le long de l’axe.

Se mettre en infraction avec les règles physiologiques de la nature comme celle de respirer de l’air !

En quelque sorte avec des souffles en rétention à poumons vides on va réaliser quelque chose de non habituel, quelque chose d’anormal pour le mental, qui va spontanément chercher à réagir, à nous faire sortir de la technique par tout un tas de stratagèmes avec lesquels il est rompu pour conserver sa suprématie et son emprise.
Nous nous trouvons généralement sans air, uniquement dans des situations exceptionnelles, voire extrêmes de la vie (peurs, situations de survie etc…), ce n’est pas quelque chose de naturel sur le plan physiologique et le mental réagit comme  notre protecteur en mode  « danger » , warning !
Et pourtant, cette pratique nous permet réellement de nous économiser, et potentiellement même de contribuer à allonger un tant soit peu la vie dans la mesure où elle va nous permettre d’économiser notre « quota de souffles », car pour les yogis, nous avons chacun un nombre limité de souffles, et une fois ce quota épuisé, nous mourrons. Le fait de ne plus respirer (ou moins…! ) le recule d’autant, et nous permet de nous « économiser », de nous oxyder un peu moins vite.
L’action sur l’énergie vitale :

 

            – L’énergie sexuelle est située au même endroit que celui de la naissance du souffle (notre premier souffle provient du ventre), c’est aussi l’énergie la plus puissante du corps physique.
            – Agir sur nos désirs et plaisirs en conscience, rend la vie plus légère, plus agréable, plus facile, et surtout moins sujette aux tiraillements et à la dualité . En ce sens la technique d’Uddhyana bandha prépare le chemin à la remontée de cette énergie puissante, ouvrant la voie et le passage en quelque sorte.
Une technique de santé
sur le plan physique :
  • Elle tonifie la sangle abdominale et entretient par un massage efficace et puissant les tissus pulmonaires ainsi que ceux de la zone abdominale (stimule la rate, le foie et pancréas, stimule les fonctions de l’intestin grêle et du colon, agit contre la constipation et les flatulences).
  • Elle facilite également la digestion par l’échauffement qu’elle procure dans la zone du ventre, lorsqu’on sait qu’il est mieux de ne pas conserver les aliments digérés trop longtemps dans le corps..c’est tout bénéfique !
  • Elle permet de régénérer complètement l’air des poumons (vider l’air résiduel vicié)
sur le plan énergétique :
  • Technique anti-affalement et anti-éparpillement, elle rassemble et remet au centre, permettant à l’énergie du souffle subtil de s’élever plus facilement
  • Elle active toute la chaîne du feu : centre d’énergie du Muladhara (base), la zone du ventre (Manipura), celui de la gorge (Vishuddi), les yeux . Ici à l’inverse du milieu ordinaire au moins il y a d’air et au plus le feu s’active ! elle rechauffe le corps
sur le plan mental :
Elle procure apaisement et relâchement des tensions par une diffusion de chaleur dans tout le corps

Comment réaliser Uddiyana Bandha ?

Précaution évidente à prendre 
Pratiquer l’estomac vide !
On évitera cette technique en cas d’hypertension artérielle ou de troubles cardiaques.
Pour faire monter cette énergie (Ud –> Up)  , il est nécessaire de mobiliser :
  • Jalandhara bandha ( contraction au niveau de la Gorge, menton vers le sternum)
  • Mulabandha ( contraction de la zone Racine, sphincter externe) ; Ashvini mudra ou geste de la jument ( consiste à resserrer également le sphincter interne, à réserver aux pratiquants plus avancés, procure encore plus d’intensité mais il faut tenir …)
  • Kechari mudra (Langue retournée)
  • Drishti (une convergence des yeux, fixation intense de la flamme ou du bout du nez si on n’a pas de flamme de bougie à portée de main)
  • Ujjayin (contraction de la gorge, et frottement du souffle dans la gorge et pas dans le nez )
Position
  1. Se tenir debout , les jambes légèrement écartées (au plus c’est écarté, au plus c’est intense car il nous faudra alors plus serrer la racine pour éviter que les énergies fuient par le bas…). Lorsqu’on débute la technique on évitera donc de trop les écarter.
  2. Prendre appui fermement avec les mains sur les cuisses (et pas sur les genoux) , les doigts vers l’intérieur regroupés. On aura le poids des fesses vers le sol cela permet de bien étirer le dos, on gardera la nuque dans le prolongement de la colonne; le menton rentré en appui sur le sternum.
  3. Réaliser 15 uddiyana Bandha d’affilée environ
  4. Fixer la flamme d’un bougie car cela permet de se raccorder au feu ou bien le bout du nez si on n’en dispose pas à portée de main.
  5. Se concentrer sur le ventre
A noter que l’Uddiyana peut également se pratiquer en assise avec un peu d’habitude.
Lorsqu’on débute cela est plus facile en position debout pour réaliser la contraction (bandha) du ventre.
La technique 
  • Expirer d’abord à fond le long de l’axe (vider , vider, vider…)
  • Bloquer le souffle + faire une aspiration du ventre (technique de base : on respire sans air à vide ..)
  • Pour « activer » ce feu on va donc combiner tous les mudras et les bandhas (gestes et verrouillages) : Ashvini, Dhristi, légers mouvements de la tête léger de haut et bas en restant bien dans l’axe de la colonne, cela procure un mouvement qui stimule au niveau de la gorge (en option pour les habitués ou après quelques mois de pratique)
  • On privera le corps d’air (vidage maximum de l’air résiduel des poumons) avec en combinaison une aspiration du ventre.
Le principe est de « tenir » la rétention à vide (condense, concentre, charge, active….) , on peut tenir pas très longtemps si nécessaire mais l’idée essentielle à retenir est de rester sans air, car c’est là que le processus s’active.

Le moment délicat celui du retour du souffle à l’inspiration

Une fois la rétention tenue « un certain temps » (…) , c’est simplement celui que l’on peut raisonnablement tenir sans se mettre dans le rouge . L’inspiration doit d’abord revenir  de l’intérieur ,comme une montée régulière et régulée dans l’axe. Afin d’éviter de tout relâcher brutalement lors de l’inspiration (éviter les sensations d’explosion et de dispersion) on veillera d’abord à relâcher la gorge puis ensuite le ventre avant d’inspirer profondément , d’une inspiration condensée et concentrée.
Pour sortir de la technique après un dizaine d’Uddhyana Bandha nous remonterons sur une inspiration en tendant les bras à la verticale, le dos plat, les coudes tendus en fixant toujours la flamme des yeux ou le bout du nez (énergie du feu).

Une pratique au long court 

Cette pratique peut être effectuée de façon simple telle que décrite dans des cours débutants (version de base) . C’est également une pratique au long cours qui doit s’effectuer de nombreuses fois pour vraiment sentir et ressentir que quelque chose s’éveille.
Une technique à apprivoiser.
Lorsque le pratiquant est ensuite un peu plus avancé on peut aussi y établir une progression et rajouter quelques options : se concentrer plus spécifiquement sur le centre du pubis par exemple (plus précis pour aller chercher l’énergie du souffle); visualiser le triangle rouge du feu à la base et appuyer le souffle avec le son « HRIM » (bija) entendu pour aider à tenir la rétention à vide…..
Il demeure toutefois préférable de pratiquer cette technique en étant guidé par un enseignant pour débuter pour se familiariser avec tous ces réglages qui viendront ensuite naturellement.

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