Vivre c’est apprendre à mourir ! Cultiver l’énergie de vie jusqu’au bout !

Quel rapport il y a t’il entre le Yoga, la mort et l’énergie me direz-vous ?

 
« Vivre c’est apprendre à mourir ! »…. pour bien faire il faudrait même ajouter l’extension… « en toute conscience » , pour caricaturer Montaigne, qui était un philosophe très porté sur la joie de vivre, et qui évoquait ceci à propos de la philosophie. Alors pourquoi une telle assertion morbide?…. ne manqueront pas de relever certains.
 
Nous savons tous que l’échéance fatale d’une vie arrivera tôt au tard, qu’en tant qu’être vivant nous sommes naturellement programmés pour cela, à la fin de notre cycle. Toutefois si le chemin est déjà un tant soit peu approché, abordé et tracé , notamment à l’aide de différentes techniques de souffles, dites « énergétiques » (rétentions de souffles à poumons videssuspensions, arrêts momentanés des souffles à la fin d’un souffle ou après une technique) cela peut constituer toutefois une aide précieuse.

De fait, cette angoisse existentielle, si elle demeure en nous inconnue, non portée au grand jour de notre attention, restera alors bien apeurante pour la plupart d’entre nous, voire paralysante. A partir d’un « certain » âge adulte, elle commence ensuite à devenir omniprésente, tapie là dans un coin de la tête, revenant parfois à notre souvenir, elle peut aussi venir tétaniser le reste d’une vie notamment pour ceux du genre anxieux.

Apprendre à mourir (..par le souffle) c’est précisément parcourir ce chemin, suivre le sillon, poser une empreinte, l’accepter et puis finalement  l’oublier afin que ceci ne nous contamine ni n’empoisonne nos vies actuelles de vivants car il faut aussi profiter pleinement de ce moment de vie donné à la naissance, tout en sachant que la chose arrivera …un jour. Oui mais comment ? 

L’énergie de vie a donc ici toute sa place dans cette quête, elle est indispensable à mobiliser afin de réaliser cet effort de conscience, ce chemin. Parfois en cours., je sens bien, lorsque j’évoque ce mot d’énergie » avec les élèves, que certains restent un peu sceptiques sur ce phénomène très souvent évoqué dans les cours de Hatha Yoga pour illustrer les effets recherchés de la pratique.
Un éclairage s’impose .;-), revenons d’abord sur une courte définition du terme.

L’énergie – Qu’est-ce au juste ?

 

feu; combinaison, énergie

L’énergie (du grec : force en action) est ce qui permet d’agir : sans elle, rien ne se passe, pas de mouvement, pas de lumière, pas de vie !

 
 Au sens physique du terme , l’énergie caractérise la capacité à modifier un état, à produire un travail entraînant du mouvement, de la lumière, ou de la chaleur.

1- L’énergie externe

Nous la connaissons et la côtoyons tous (taper simplement le mot « énergie » sur votre moteur de recherche et vous verrez bien ce qu’il sort !) , cette forme énergie peut être :
soit matérielle obtenue
– par la combustion de carburants ou de combustibles (pétrole, gaz, charbon, bois, etc…),
– par l’utilisation de l’électricité
– ou encore par la captation de forces naturelles comme le vent ou l’énergie solaire,
 
soit être immatérielle comme les ondes de choc, les ondes radios par exemple.
L’énergie peut se présenter sous plusieurs formes qui peuvent se transformer ; par exemple, production d’électricité à partir du gaz, le chauffage d’une maison à partir d’électricité ou de fioul domestique…
 

2- L’énergie intérieure

Est quant à elle plus subtile, car invisible voire indescriptible autrement que sur le plan des sensations,et des ressentis intérieurs, et c’est pourtant bien celle-ci  qui nous permet de vivre au sens large du terme, de nous animer, de faire résonner l’élan de vie en nous , elle a principalement 3 origines :
 
  1. Le souffle , la respiration (Prana ou énergie vitale qui active et nourrit nos cellules pour assurer leur transformation à l’intérieur du corps).
  2. Les désirs de type matériels: c’est l’énergie sexuelle ou l’énergie de vie, nos besoins de possession matériels ainsi que ceux de réalisation et d’accomplissement personnels (Kama).
  3. Le désir de connaissance (Jana), le mental (manas) de part sa nature a toujours besoin d’être alimenté, d’être nourri, c’est sa nature, nous sommes ainsi faits.
 
Ce que nous pouvons raisonnablement avancer c’est qu’en l’absence de maîtrise complète de ces 3 facteurs, tant que l’énergie sexuelle, le souffle et l’esprit seront en perpétuel mouvement, agités, fluctuants, il n’y aura pas d’échappatoire possible ni de « libération » envisageable pour le Yogi qui sera toujours tiraillé et ramené vers leurs satisfactions comme seul moyen d’apaisement (..de courte durée!). Tant que la solution ne sera pas trouvée en nous, le fameux et éternel cycle des renaissances (vie/mort :Samsara)  se répétera inlassablement , nous laissant ainsi torturé, dans une dualité permanente.
N’avez-vous pas déjà vécu ça sur le plan personnel ou été témoin dans votre entourage de ce genre de situation ?

La solution ?

Apprendre à maitriser son corps, son souffle et ses pensées, telle est donc la voie du Yoga ou Yoga Marga ?

Quelles en sont les étapes ?

Pour être très schématique,synthétique et direct
 
– Le renforcement du corps et de la structure physique, est l’étape fondamentalement nécessaire pour affronter le temps, sur toute la durée de notre vie. Notre véhicule doit effectivement être conservé en bon état de fonctionnement, rester fiable sur la durée (l’espérance de vie naturelle d’un humain estimée est d’environ 100 ans et en bonne santé sauf cas de maladie grave). Evidemment si le corps nous accapare de trop de douleurs et de souffrances alors comment élever nos pensées ? Impossible en tout cas très difficile d’y faire abstraction.
 
Le souffle parce que c’est vital,  sachant que s’il l’on reste simplement juste quelques minutes sans air , il s’en est fini et l’on meurt (11 minutes constituent le record actuel d’apnée …c’est long et très court à la fois) . Le gestion du souffle nous permet d’équilibrer notre circulation interne et par là même de contribuer à réguler nos émotions et notre mental in fine.
Y accorde t’on toujours la plus grande attention au cours d’une journées à ce apparaît pourtant aussi fondamental pour notre vie ?
A l’issue des pratiques de souffle réalisées, nous nous retrouvons le plus souvent dans un état de mutation du fait des transformations de souffles qui passent de grossiers (physiques, sonores) vers des souffles plus subtils (plus énergétiques moins physiologiques, plus légers), évoluant même parfois vers des suspensions totales d’air (états de non-souffle dans lesquels le corps se préserve ,se régénère, s’économise).
 
– Enfin la réalisation du Soi ne peut être assurée que par une parfaite maîtrise du mental (manas) étape finale visée par la pratique de Yoga.
« Le Yoga c’est la cessation de toute activité du mental » Yoga Sutra Patanjali I.2
ou encore dit autrement
 » le Yoga c’est la faculté de diriger les activités du psychisme« .

Comment s’y prendre ?

 

La méthode est celle de l’expérience directe (celle de la pratique, celle de sa propre pratique , considérant le yogi comme son propre cobaye) , et non pas celle de la compréhension intellectuelle ou verbale (méthode indirecte) de la réalité. Seule l’expérience du Yogi compte car elle permet d’ancrer en profondeur la connaissance, elle assure longévité et durée car elle est pragmatique, donc incontestable.
 
Au moment de réaliser le dernier souffle, le dernier soupir (sur une expiration), personne ne pourra se soustraire à cette réalité ultime et seul celui qui aura appris à maîtriser le corps, le souffle et ses pensées, donc à dompter son esprit (manas) et réussit par les techniques pratiquées à se renforcer de l’intérieur pourra se libérer de ses propres conditionnements.
 
Le yoga représente  une force qui augmente et qui se densifie par une pratique régulière, assidue et méthodique (guidée par les enseignements reçus notamment par la pratique d’asana « héroïques » visant à renforcer et endurcir le mental dans la tenue des postures et des souffles par exemple).
Sans cette force, l’esprit ne peut se résorber, et pour prendre sa place il faut apprendre à « dompter le fauve » (cf: la peau de tigre sur laquelle est assis Shiva en représentation, tigre qui représente l’énergie potentielle, le mental. Il est bon de rappeler ici que l’énergie suit la pensée, là où la pensée se porte, l’énergie suit précisément). La canalisation de nos pensées est donc essentielle.
Posons nous aussi cette question que la plupart éludent volontairement, la repoussant à plus tard, c’est à dire jamais….
 Que restera t’il au moment de mourir des savoirs acquis tout au long de notre existence ? Que restera t’il de toutes nos connaissances intellectuelles accumulées? des biens matériels acquis parfois au prix de gros sacrifices personnels (les gros sacrifices  pour l’acquisition de la maison principale par exemple) , les livres et les textes ne nous seront non plus d’aucun recours ni d’aucun secours à l’étape finale, et toutes les pensées et les problèmes qui nous préoccupaient tant jusqu’ici, deviendront soudainement anecdotiques.
 

L’Essence Ciel (l’essentiel)

 

Gardons bien à  l’esprit l’essentiel , lorsque nous serons face à la déchéance physique de l’âge, soumis aux douleurs corporelles, que seuls le détachement, la maîtrise du mental, celui de nos pensées et le guidage acquis par le tracé et l’empreinte laissés par nos souffles, comme des sillons issus de notre pratique répétée, nous permettront de faire face en toute conscience et de façon apaisée à ce dernier passage, à cette dernière montée vers la porte suprême, comme une sorte de la délivrance finale, comme un feu d’artifice offrant un bouquet final à une vie arrivant à son terme, que l’on souhaite à chacun la plus consciente possible.
 Quel plus bel exemple finalement d’une vie réussie ?

Ainsi la citation du début pourra tout aussi bien s’inverser pour finalement devenir  « Apprendre à mourir c’est aussi apprendre à VIVRE ! »

 
Bonnes pratiques
 
Sources d’inspiration
Citation : »les maux du corps sont les maux de l’âme » -Platon
Tara Michael : Le non mental

2 commentaires

  • Un article très clair et synthétique, qui dit l’essence ciel… Pour toucher au bleu du ciel et à la pureté de son soleil, il faut effectivement s’arracher à la pesanteur et travailler en conscience à son élévation. On comprend mieux le sens du yoga et de ses exigences dans ce cadre-là.

    • Merci pour ce retour à chaud ! Oui c’est bien ce que j’essaye de faire à travers les articles, donner des clés pour décoder et comprendre, donner du sens. 😉

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